
Retrouver la lumière
Une quête d'épure et de sens
Il y a eu un temps où, lorsque l’on me demandait mon Instagram, je le partageais avec confiance. Aujourd’hui, je le tends du bout des doigts, le regard fuyant, presque tentée d’y ajouter une excuse murmurée : “Oui, bon, c’est un peu en chantier…” Une gêne diffuse, une impression de trahison. Je ne me reconnaissais plus dans ce que je montrais. Mon art m’avait échappé.
J’ai cherché la faille. Je l’ai trouvée dans cette envie de me justifier. Dans ce constat brutal que mon site résonnait bien plus juste que mon feed. Que le PDF créé dernièrement – épuré, aérien, aligné – était une évidence alors que mon compte Instagram était devenu un lieu d’errance, un palimpseste d’hésitations et de compromis.
Perte et redécouverte
Cette cassure ne s’est pas faite en un jour. Elle est venue insidieusement, sous le poids des attentes, des tendances, de la nécessité de répondre à une clientèle qui ne se reconnaissait pas dans mes images. J’ai laissé la saturation envahir mon travail, pensant ouvrir des portes. Ça a fonctionné, mais mon regard s’est brouillé. J’ai fait taire mon instinct au profit d’une logique plus sûre, plus évidente, et pourtant, je m’y suis perdue.
Il y a eu un souffle, un besoin de retrouver une liberté primitive. Pour mon départ en Thaïlande, j’ai ouvert un autre compte Instagram, un espace sans contrainte, où je pouvais tester, ressentir, effacer les murs invisibles que je m’étais imposés. Mais c’est en Andalousie que la révélation a été la plus forte. Un matin, à Cadix, j’avais prévu un cadrage, une mise en lumière précise. J’étais persuadée de connaître mon langage visuel. Et puis, en me retournant, j’ai vu. Tout ce que je croyais juste s’inversait. Ma lumémoire n’était pas où je l’avais toujours cherchée. Elle était
ailleurs, plus douce, plus fuyante, presque murmurée. Ce jour-là, j’ai commencé à regarder autrement.
Ce qui définit aujourd’hui mon regard
Ce qui m’émeut aujourd’hui, c’est l’étherlume posée sur une texture, le souffle d’un reflet, l’infime oscillation entre le flou et le net. J’ai compris que je ne cherche pas la perfection d’une image entièrement nette. Je cherche la suggestion, l’indicible. Le flou est une invitation à sentir plutôt qu’à voir, une façon de laisser de l’espace au regardeur pour y projeter ses propres émotions. Une image entièrement nette me semble être une conclusion, alors que je veux ouvrir des parenthèses.
Minimalisme, pureté, contemplation. J’ai besoin de lumière douce, d’un espace qui respire. J’ai besoin que mes images soient un refuge, une bulle de silence au milieu du bruit. Peut-être est-ce une quête d’apaisement, un écho à une intériorité en quête de douceur, un besoin de silensel.
La photographie comme introspection
Photographier, ce n’est pas capturer. C’est révéler. C’est poser son regard sur le monde et le laisser nous transformer. C’est prendre le temps. Ne pas prévoir, ne pas maîtriser, mais ressentir. J’ai réalisé que mon processus de création repose sur l’émotion. Je ne prépare pas. Je marche, j’observe, j’attends d’être frappée par quelque chose qui résonne en moi. Alors seulement, je flumine.
Je me souviens de cet instant sous l’eau, en Thaïlande, où j’ai filmé la sablune dansant sous l’effet des vagues. Ce n’était pas juste un remous marin. C’était une cour silencieuse, un dialogue invisible entre l’eau et la terre. J’ai écrit quelques mots ce jour-là :
“Et s’ils prenaient le temps de contempler cette danse, la devineraient-ils seulement ? Comprendraient-ils cette cour insatiable ? Décèleraient-ils que c’est la vague, par son doux frisson, qui redonne vie au sable ? Et que ce dernier, de peur qu’elle ne se lasse, lui offre, à chaque instant, son plus beau spectacle.”
C’est cela que je cherche dans la photographie. Des états de grâce invisibles, des images où la brumescence de l’instant laisse place à l’infini.
Un nouveau départ
Je ne veux plus montrer ce qui est attendu. Je veux montrer ce qui fait du bien. Créer un espace où l’on respire, où l’on prend le temps d’être touché sans hâte, où l’image devient une mélodie silencieuse qui vibre longtemps après qu’on l’ait quittée.
Alors, je reconstruis. Mon feed, mon regard, mon lien à l’image. Ce compte Instagram, je veux en faire un espace d’épure et de lumière, un lieu d’émotion. Un fil tendu entre mon regard et ceux qui le croisent. Une véloésie suspendue entre mon imaginaire et le monde.
Et si vous voulez suivre cette réinvention, si vous êtes en quête de contemplation, alors restez. Il y aura ici des images, des silences et des souffles nouveaux.
•Étherlume (n.f.) : Une lumière douce et diffuse, flottant dans l’air comme une présence invisible.
•Brumescence (n.f.) : L’instant où la lumière et la brume fusionnent en un souffle délicat.
•Véloésie (n.f.) : Une image si fluide qu’elle semble en mouvement, une poésie visuelle suspendue.
•Sablune (n.f.) : La texture scintillante du sable sous la lumière, comme un éclat lunaire.
•Fluminer (v.) : Capturer un instant fugace avec la sensation qu’il glisse entre les doigts.
•Silensel (n.m.) : Le silence chargé d’émotion qu’une image ou un instant procure.
•Lumémoire (n.f.) : Une lumière qui évoque un souvenir ou une sensation enfouie.
Tu écris la vérité, captures les émotions dans tes photos et nous laisses respirer l’immensité de ton regard sur le monde. Hâte d’en voir (et en ressentir) plus.
Oh merci infiniment !! Tu ne peux pas t’imaginer à quel point tes mots me touchent et me confortent dans l’idée de continuer dans cette direction. Merci du fond du coeur !